We wish you a merry chrismas…

Ah, la période des fêtes, quel magnifique catalyseur de penchants émotionnels !

Grande sensible devant l’éternel que je suis, évidemment, je n’y coupe pas, et mon penchant nostalgique refait toujours plus ou moins surface en cette période festive. Noël, c’est un peu comme un arrêt sur image, un intemporel ou, au contraire, un voyage dans le temps annuel. On sort le même sapin, on le met à la même place, on le décore avec les mêmes babioles, on se pose la même question (qu’offrir, et à qui, pour faire plaisir?), on achète des chocolats, on cherche les cadeaux, on crève le budget. Le monde entier est de mèche : les rues clignotent de bougies colorées, les chants de Noël nous serinent leur même rengaine, les enfants sont tout excités, les Pères Noëls déambulent avec leurs barbes synthétiques et leurs rires machiavéliques. Un rituel un peu magique dans lequel je ne suis plus uniquement la jeune mère et professeure à la petite trentaine. A Noël, je suis à la fois cette femme là, mais aussi, simultanément, la jeune adulte qui démarre dans la vie; l’adolescente qui voit son cocon familial éclater en mille morceaux; la petite fille qui voyait encore Noël avec des yeux brillants d’espoir et de naïveté. Toutes ses « moi » se retrouvent, plus que jamais à Noël, confrontées les unes aux autres.

La petite fille aime Noël, sans retenue ni ambiguïté aucune. Elle compte les jours qui la séparent de ce soir béni du 24 où l’on mange les bonnes choses, qu’on l’a a préparées toute la journée, autour d’une jolie table bien décorée, avec tous les gens que nous aimons, en tenue de fête. Cette longue soirée où l’on a le droit d’attendre Minuit en jouant au loto avec tout le monde, un vrai loto, ouioui, organisé par Mamie, qui a même acheté des lots ! Minuit passé, on s’embrasse, on se dit à demain, et on va se coucher, pleine d’excitation, de joie et d’impatience à l’idée que, quand on s’endormira, un miracle se produira, qui portera au pied du sapin ce dont on a toujours rêvé (la dernière barbie, le cirque Playmobil, ou un petit poney violet).

L’adolescente l’aime un peu moins, Noël. Le sapin est toujours le même, au même endroit, la table est la même, les gens sont les mêmes, toujours endimanchés, mais pourtant, l’ambiance a changé. Papa est plein de tristesse. Il se sent rejeté. Il est là pour nous faire plaisir, mais je ne suis pas dupe. J’ai entendu Maman l’engueuler vertement quand elle a ouvert son cadeau et lui a reproché très agressivement de s’être encore trompé de parfum, que celui-ci, elle ne l’aimait pas, trop fleuri. Je ne sais pas pourquoi cette image s’est imprimée aussi profondément dans ma rétine et dans mon esprit. J’avais 12 ans. C’était il y a 20 ans ! Triste anniversaire… J’en ai voulu à ma mère, longtemps, très longtemps. Parce qu’elle n’a pas su se montrer empathique et joviale, au moins ce jour-là, parce que j’ai vu les larmes dans les yeux de mon père, si maladroit, mais si amoureux d’elle et malheureux. Parce qu’elle a matérialisé ce jour-là l’irréversibilité de la mort de notre famille. C’était fini. Tout était fini. Et tout a bien été terminé depuis ce jour, pour moi, en ce qui concerne la magie de Noël. Tous les Noëls qui ont suivi ont été assombris par ce souvenir, bien malgré moi. Pourquoi ai-je gardé ce souvenir et pas un autre ? Je l’ignore. Quoi qu’il en soit, je me rappelle avec une précision incroyable de leur conversation, de l’emplacement du canapé, du sapin, de la couleur du papier cadeau et de la forme du flacon de parfum. Demandez-moi ce que j’avais reçu ce 25 décembre comme cadeau, je serai bien incapable de vous répondre. Mais de ce flacon, je m’en souviens. J’ai parlé à ma mère de cet épisode, une fois, il n’y a pas très longtemps. Elle en garde un frêle souvenir, bien différent du mien à priori. Je n’en veux plus à ma mère, bien sûr, elle était malheureuse elle aussi, et puis de toute façon, la débâcle de leur couple ne me concerne en rien. Je ne les juge ni l’un ni l’autre.

Après ça, mes parents ont divorcé pour de bon. Mon père est venu à 1 Noël ou 2, pour nous faire plaisir, je crois, mes souvenirs sont flous. Et puis il n’est plus venu. Des années durant, mon frère et moi avons été tiraillés pour savoir avec qui des 2 nous allions passer Noël, et, de ce fait, lequel des 2 nous abandonnerions pour Noël cette année-là. Noël est une fête de famille. Quand la famille a explosé, Noël devient alors surtout le moment de constater l’échec, et de culpabiliser. A partir de là, j’ai détesté Noël. J’avais beau le souhaiter de toutes mes forces, le miracle de la nuit du 24 ne m’a plus jamais apporté ce que je désirais. Mes parents ne se sont jamais remis ensemble. Pire encore (pire pour moi, pas pour lui, et je ne suis pas un monstre, je suis bien entendu heureuse pour lui), mon père a trouvé une famille « d’adoption ». Il a peu a peu disparu de mon univers proche. Quand j’allais passer Noël avec lui, je me sentais de trop, je me sentais étrangère. Même mon frère m’a lâchée, il est parti s’installer à l’autre bout de la France, me laissant me dépatouiller seule avec les restes de notre famille. Nous voici bien loin de la magie de Noël. Petit à petit, il n’y a plus eu de cadeau pour moi. Uniquement pour Anaïs, sa belle-fille, beaucoup plus jeune. D’ailleurs, quel plaisir quand il se trompe, lapsus plus que révélateur, et m’appelle Anaïs, oups, pardon, Adeline… Puis il n’y en a plus eu du tout pour moi, de cadeaux. Uniquement pour ses beaux petits enfants. Maintenant que j’ai enfin, moi aussi, un petit enfant à lui offrir, il m’annonce qu’à partir de cette année, il n’y aura plus de cadeaux pour les petits enfants non plus. Mon père et moi, ou comment tuer Noël en 10 leçons.

Depuis que ma cellule familiale a péri, je peux dire que je n’ai passé qu’un seul Noël qui m’ait rendu heureuse. J’avais construit ma propre cellule familiale. J’étais mariée, j’espérais avoir bientôt un enfant, j’avais une maison, un foyer chaleureux. C’est dans cette maison que nous avons organisé Noël. Mon père n’est pas venu. Mais nous avons passé un excellent Noël. Le seul.

Le Noël d’après, je sortais de la maternité. Seule. Je n’avais plus de mari, plus de jolie maison, même plus de travail. Le miracle de Noël m’avait apporté le poids de la plus grande responsabilité qui puisse incomber à une personne : une vie humaine. Une petite vie humaine de 48cm et de 3kg800, arrivée trop en avance par ma faute (je n’avais pas pu me reposer comme je le devais pendant ma grossesse : 4 déménagements en 8 mois !). Ça commençait bien ! Je ne savais pas qu’en faire, je ne connaissais rien en bébés, je me sentais incapable d’en prendre soin : comment le serais-je, moi qui n’avais même pas été fichue d’être une fille, puis une femme à la hauteur ? Briseuse de famille, briseuse de bonheur, mais qu’est-ce qui m’avait pris de faire cet enfant, de lui imposer une mère pareille ? Voilà comment j’ai vécu mon dernier Noël.

Cette année, le sapin est au même endroit. Les chants de Noël me serinent leur rengaine, et les rues clignotent de guirlandes colorées. Je suis une mère trentenaire célibataire, une jeune adulte qui a vécu des Noëls de calvaire entre ses 2 belles-familles, une adolescente qui a vu ses parents s’entre-déchirer, une petite fille qui croit encore un peu en la magie de Noël. Le point commun entre ces filles-là, il se résume en quelques mots : regardez-moi, je suis là, je voudrais que l’on s’occupe de moi, au moins un petit peu. Je suis là depuis le début, je vois et je ressens toutes les souffrances qui m’entourent, alors s’il vous plaît, consolez-moi un petit peu.

Mon fils est là maintenant. Je suis sa famille, bien sûr que je ne flancherai pas, et qu’il est absolument hors de question qu’il voit sa mère triste à Noël. Surtout pas, je sais ce que ça fait !! Mais malgré tout, au fond de moi, Noël, plus que toute autre date, me rappelle à quel point j’ai mal fait les choses, et que, par ma faute, il manque à ce petit bout de chou une « vraie » famille, avec un papa.

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6 réflexions sur “We wish you a merry chrismas…

    • Salut Mamounette et merci pour ton commentaire ^^ . Certes le Papa a ses (grands) tords lui aussi, mais ça n’atténue pas ma culpabilité vis-à-vis de mon fils dans ces moments-là. Enfin, il faut bien vivre avec ^^ .

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  1. J’avoue que ton article me fait un peu peur 😦 pour le moment je ne ressens pas de culpabilité vis-à-vis de ma fille, mais comme elle n’est pas née, j’ai peur que ça vienne par là suite. J’en ai eu au tout début et puis je me suis rendue compte que si elle n’avait pas de papa, dans le fond, ce n’était pas ma faute. J’espère gardé cette même idée en tête par la suite.
    Et je souhaite de tout cœur que cette culpabilité te quitte rapidement :-*
    En revanche, j’ai mal au cœur de lire « par ma faute, il manque à ce petit bout de chou une « vraie » famille », parce que non, ce n’est pas ta faute. Pas du tout. Et puis ton Petit Bout de Chou a une vraie famille, en la personne de sa mère qui se lève chaque matin et qui se bat 😉

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    • Bonjour Missy et merci pour ton commentaire. Cette culpabilité dont je parle est surtout présente à Noël. Elle l’a été quand il a fallu déclarer le « père inconnu » à la naissance. Elle le sera quand il faudra en remettre une couche à l’inscription à l’école. Le reste du temps, je te rassure, elle est très atténuée. Et puis au final, Noël s’est très bien déroulé, il a été très entouré et gâté ^^ .

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  2. Bonjour à vous toutes…
    « Mais malgré tout, au fond de moi, Noël, plus que toute autre date, me rappelle à quel point j’ai mal fait les choses… » Oh… comme ça me parle, ces visions de fêtes familiales, ou encore ces vacances quand je parviens à partir quelques jours avec mes enfants, en tente, et que tout autour de moi des familles rient, les parents se retrouvent avec passion… ces larmes essuyées , la gorge qui se noue, à penser que je n’ai jamais connu ça, que je ne le connaîtrai jamais… Mes 2 enfants ont un Papa reconnu, chacun a une vie différente de la mienne. Nous, on court, on se croise plus que l(on profite, pas de temps ni même d’argent vraiment puisque mon salaire repars en frais km et en charges. J’ai l’impression qu’un parent célibataire, homme ou femme, n’est pas considéré comme tel quand il travaille, et je ne suis pas certaine que cette vie de fou, frustrante, douloureuse et solitaire, soit gérable trop longtemps. Bon courage à toutes.

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    • Bonsoir Thalie, et merci pour ton commentaire.
      Oui, cette douleur que l’on éprouve de ne pas être une famille « complète » nous assaille parfois violemment, dans des circonstances qui la soulignent (fêtes, vacances, ou parfois comme ça pour rien, sans prévenir). Mais il y a aussi de (très) bons moments dans nos vies de parents célibataires, avec nos enfants notamment. Il faut penser à eux, focus sur LEUR bonheur à défaut du notre, et ainsi, ça restera gérable, tu verras 😉 .

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