L’instinct maternel : info ou intox ?

Je vais aujourd’hui vous parler du fameux instinct maternel que l’on évoque fréquemment dans les ouvrages spécialisés, mais aussi (et surtout, malheureusement) dans notre entourage, lorsque l’on est, comme moi, aussi enceinte qu’ignare en matière de bébés.

Exemple de dialogue :

Moi, au rayon layettes : mais, je dois acheter quoi, au juste ? Ça porte quoi, un nouveau-né ?

Entourage expérimenté : alors, on commence par mettre la couche, ensuite, ça, ça s’appelle un body, et pour finir, ça, c’est un pyjama. S’il fait vraiment froid, on rajoute une brassière par-dessus.

M : Il faudra que je note, c’est bien compliqué… je me rends compte que je ne sais rien du tout. En plus je suis toute seule. Et il faudra que je sache changer une couche, je ne connais même pas les produits à utiliser, pareil pour l’entretien quotidien de la bestiole, en plus c’est un garçon et j’y connais rien en kiki moi, comment je vais faire, olala olala olala, etc etc.

EE : ne t’en fais pas, ça vient naturellement, c’est l’INSTINCT MATERNEL.

 

Mais oui, vous savez, l’instinct maternel qui tombe du ciel et envahit votre corps et votre esprit à l’instant magique où l’on dépose pour la toute première fois votre divin enfant sur votre ventre. C’est incroyable, comme ce premier contact fait jaillir en vous des tas de connaissances et compétences cachées. Vos mains savent alors, comme par magie, soulever un nourrisson en lui maintenant la nuque de deux doigts agiles, votre cerveau déverrouille la rubrique bonus « bébé », et votre cœur s’emplit d’un amour sans fond pour votre progéniture ici apposée, vous n’êtes dorénavant plus que bienveillance et abnégation.

Surtout que pour ma part, quelle chance, le kit inné de la super Maman devrait être doublé, puisque j’ai mis au monde mon petit bambin le jour de l’immaculée conception. Alléluia.

 

Sauf qu’il y a du y avoir un bug me concernant, parce que, la première et unique chose que j’ai ressentie lorsque Fils a été délicatement déposé sur mon ventre, ce fut une terrible angoisse. En tout premier lieu, l’angoisse de ne pas ressentir tout ou partie des composantes du kit susnommé. C’est sûr, je ne suis pas normale. Je DEVRAIS ressentir tout ça, c’était écrit partout. C’est sûr, je suis une mauvaise mère.

Ensuite, la prise de conscience immédiate que, ça y est, ma vie avait définitivement changé. Que j’étais dorénavant RESPONSABLE du bien-être et de la santé, de l’avenir et de la stabilité psychologique de cette PERSONNE posée là sur moi. Bref, que j’avais tout intérêt à ne pas me louper. Couplée avec la conclusion précédente relative à mes capacités maternelles (merci la culpabilisation de l’entourage et des médias), cette seconde perspective n’en finit plus de me stresser. La panique n’est pas loin.

Quant à la bouffée d’amour inconditionnel, elle fut pour ma part remplacée par une immense incrédulité face à cette petite chose toute recouverte de pâte chaude, blanche et gluante, avec cette incroyable touffe de cheveux, et poussant d’indescriptibles petits cris de chevreau (inhérents au fait que Fils est né sous le signe chinois de la Chèvre ?). Attention, je ne dis pas que je n’aime pas mon enfant, je dis seulement que cela ne m’est pas tombé dessus d’un coup, mais que par la suite, je le trouverai chaque jour un peu plus merveilleux, en le découvrant et en apprenant à le connaître.

Bref, ma volonté de bien faire, la conscience de l’énorme responsabilité qui est dorénavant la mienne, et l’immense inconnu qui s’ouvre devant moi, le tout combiné, a transformé le bonheur épanoui de la mère fraîchement accouchée en un seul mot : la Pression.

 

Enfin, à propos des gestes innés qui viennent tout seuls concernant la manipulation du nouveau-né : là encore, bug total dans mon cas.

Preuve en est, lorsqu’on me libéra enfin de la salle d’accouchement pour m’envoyer dans ma chambre, je me suis retrouvée bien idiote. Ah, j’ai bien fait ma maligne et ma fière, avec mon petit chevelu dans les bras, durant ma folle chevauchée en brancard dans les méandres de couloirs de l’hôpital. Regardez tous, je suis une maman, et mon bébé c’est le plus beau ! Bientôt, me voilà arrivée dans ma chambre, Brancard-Man gare mon lit en un parfait créneau à un bon mètre du mur (et, détail important pour la suite des péripéties, du bouton pour appeler les gentilles dames), m’indique qu’il court prévenir lesdites dames de mon arrivée, et s’évapore. J’attends les gentilles dames – et, accessoirement, mon petit déjeuner et de l’eau, s’il vous plaît, je n’ai rien avalé depuis 15 heures. Un quart d’heure passe. Une demi-heure. A l’évidence, Brancard-Man a zappé la case prévenir-les-dames-de-mon-arrivée. Et le bouton d’appel est loin. Il faudrait que je me lève. Ou au moins que je me penche. Sauf que c’est impossible. Parce qu’il faudrait, pour cela, que je manipule le petit paquet tout chaud que j’ai contre ma poitrine; or, je ne sais pas faire, et j’ai peur de le casser. Résultat des courses, j’ai attendu plus d’une heure, proche de la déshydratation complète et de l’hypoglycémie aigüe (comment ça, j’ai le sens de l’exagération ?), plantée là comme un piquet, parfaitement immobile, qu’une sage-femme qui passait par là daigne enfin s’apercevoir de ma présence.

J’t’en ficherais, moi, de l’instinct maternel !

 

Que les futures jeunes mamans primipares qui me lisent se rassurent cependant : même la plus ignare des ignares que je suis, un mois plus tard, sait prendre son bébé toute seule, lui changer la couche, le nourrir et le vêtir sans trop de mal. Même si ce fut au prix de nombreuses batailles contre une armée bien rodée d’ennemis coriaces, parmi lesquels les pyjamas qui s’attachent dans le dos, les boutons de la poussette qui se coincent, les sangles de la nacelle qui se règlent mal, les combinaisons de voyage dans lesquelles enfiler les bras et les jambes prend près de 20 minutes, le montage du mobile et sa fixation sur le lit, la base du siège auto dont la lecture de la notice requiert un niveau bac +9 minimum, j’en passe et des meilleurs.

 

En ce qui me concerne, rien ne fut inné ni instinctif. J’ai testé, raté, pesté, désespéré souvent, face aux pleurs de Fils, à son appétit aléatoire, de même que devant tous les gadgets ultra sophistiqués du joyeux-onéreux monde de la puériculture (et quelque chose me dit que ce n’est que le début). L’apprentissage est donc la clé du succès, les filles, et parole de jeune maman, vous (nous) allez (allons) en baver !

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