Libérée, délivrée

L’accouchement.

Pour que vous compreniez dans quel état d’esprit je suis vis-à-vis de l’attente de ce fameux jour J, il est nécessaire que je vous explique brièvement les fameux cours de préparation à l’accouchement. Déjà, rien que le nom me fait flipper. On donne des cours pour accoucher, comme si un accouchement était formaté, et qu’il nous faudrait bien réviser nos leçons entre deux contractions, au risque de ne pas réussir à pousser ?! C’est, qui plus est, très paradoxal, ces cours, au point que je me suis plusieurs fois demandé ce que je fichais là.

Voici un exemple d’exposé magistral : « alors, les contractions, ça fait comme ci et comme ça. Pour un premier, le travail dure 17H, vous avez noté ? Pour un second, ça peut durer moins longtemps : 5H. Vous avez bien noté : 5H », suivi de : « un accouchement varie d’une femme à l’autre et même, d’une grossesse à l’autre pour une même femme : il n’y a pas de règle » ; et là, vous relisez d’un air dubitatif les lignes précédentes, les paroles d’évangile de la sage-femme scrupuleusement notées noir sur blanc, riches de données numéraires précises et… réglées comme du papier à musique. Y’aurait pas comme une contradiction dans ton discours là, ma poulette ?

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, si je suis restée sereine jusqu’au septième mois de grossesse, les cours en question ont sonné le glas de cette période de béate ignorance. Grâce à eux, c’est riche de mes connaissances poussées en termes de césarienne, présentation par le siège, forceps et ventouses, déchirure, épisiotomie, péridurale ratée, hémorragie, enfant mort-né, et autres possibles joyeusetés (liste non exhaustive) que je me suis vaillamment présentée en salle d’accouchement.

Heureusement pour ma petite personne, la fiction sage-femmienne avait en fait, et de loin, dépassé ma réalité. Pour commencer, je n’ai pas eu à stresser 24H après le début des contractions, à attendre bien sagement à la maison que celles-ci se rapprochent pour pouvoir courir à la maternité. Car il faut savoir que, comble de la chance, j’étais justement à l’hôpital pour une surveillance fœtale d’une nuit (j’avais accouru aux urgences le soir-même, prise d’un stress soudain quant à la santé du bébé) quand j’ai rompu la poche des eaux… après seulement 40min de contractions à peine douloureuses. Certes, ça a fait mal, certes, j’ai eu l’impression d’être dans mon lit comme à la piscine municipale, l’odeur du chlore en moins, ok, j’ai eu la trouille (j’ai même entendu le « paf » caractéristique d’un ballon de baudruche qui éclate), mais n’empêche, je n’ai eu qu’à appuyer sur le petit bouton d’appel magique, et une gentille infirmière s’est instantanément matérialisée devant moi pour me conduire dare-dare en salle d’accouchement, deux étages plus bas. Ok, j’ai du arroser copieusement les couloirs et l’ascenseur de l’hôpital en route (désolée, mesdames les agents d’entretien), ok, les contractions après la perte des eaux, c’est pas pour les chochottes, et j’ai du m’arrêter au moins dix fois en cours de route pour soutenir un peu les murs de mes deux bras, mais n’empêche que, Madame la sage-femme, non, je n’ai pas perdu les eaux dans la voiture, ni au supermarché, non, je n’ai pas été renvoyée chez moi trois fois parce que je n’étais pas assez dilatée, non, vos scénarios catastrophes ne se sont pas concrétisés. Ni même ceux concernant l’accouchement. Non, je n’ai pas attendu 10h que sa seigneurie l’anesthésiste daigne, après moult supplications, tentatives de corruption et génuflexions de ma part, me poser la péridurale : ce fut fait dès mon arrivée (ok, elle n’a marché que d’un côté, et j’y ai eu droit deux fois, mais même pas peur, je n’ai pas vu la fameuse méga aiguille de la mort qui tue). Quant à vos fameuses 17H de travail, madame la sage-femme, que nenni que non point, ce fut en cinq petites heures sans douleur, et quatre ou cinq poussées efficaces, que la délivrance me fut accordée (et le mot est juste : je me suis réellement sentie délivrée de ce ventre énorme, mes poumons ont à nouveau pu se remplir d’air, mon estomac de chocolat, et mes intestins de… enfin bref). Durant ce moment crucial, je ne pensais qu’à une chose, alors que six personnes contemplaient, fascinées, mon entre-jambes exposé : « Maman (qui m’accompagnait), surtout, tu ne regardes pas !! ». Pudeur oblige.

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